De l'huile, des arbres et des ruines - une méditation d'Esaïe 61
- jeanantoineauteur
- 26 avr.
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Commençons cet article en citant Watchman Nee : « Si vous vous tenez sous la Tête, l'onction vous atteindra » (extrait de son étude sur l’imposition des mains).
Beaucoup cherchent l’onction et la puissance qu’elle confère. Mais s’ils ne cherchent pas la Source de l’onction, c’est en vain. Certains veulent l’onction pour bâtir leur ministère, leur église, en somme leur royaume. Mais l’onction n’a qu’un seul but, nous rendre capables de travailler à la venue du Royaume de Dieu.
La véritable onction, nous ne la recevrons que dans une attitude humble et aimante d’alignement et de soumission à celui qui en est le récipiendaire, à savoir Yeshoua Hamashiach.
Le chapitre d’Esaïe 61 montre comment le Mashiach, le Messie, le Oint, Yeshoua a parfaitement reçu l’Esprit de Dieu, et comment, par cette onction de l’Esprit, il amène son peuple à entrer dans son rôle sacerdotal, à devenir ce peuple choisi, ces prêtres royaux et cette nation sainte (1 Pi. 2.9).
La sacrificature à laquelle nous sommes appelés (Es. 61. 6), en tant que fils et filles du Père, est bien trop élevée et parfaite pour que nous puissions jamais y entrer par nos propres forces. « Ce n’est ni par puissance, ni par force, mais par mon esprit dit Adonaï Tzvaot, l’Eternel des armées. » (Zach. 4.6)
Nous héritons du sacerdoce selon l’ordre de Melkisedek parce que nous sommes cohéritiers de Christ. C’est lui l’unique destinataire de la promesse du Père à propos de ce sacerdoce. « … car ce témoignage lui est rendu : Tu es prêtre pour toujours Selon l'ordre de Melkisédek. » (Hé. 7.17)
Nous ne sommes prêtres, prophètes et rois que, et uniquement que, parce que Yeshoua a reçu cette pleine et triple onction. L’huile d’onction coule de la tête sur le corps (Ps. 133.2) et le corps n’est oint que s’il est correctement aligné à la tête. Jésus est la tête et nous sommes son corps. « Il est la tête du corps de l’Eglise… » (Col. 1.18)
Donc, afin d’entrer dans notre appel sacerdotal, de prêtres, de sacrificateurs, nous devons pleinement nous laisser transformer par l’huile de son Esprit, et devenir pleinement le corps de Christ. Nous devons être « transformés en la même image que le Fils, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit. » (2 Cor. 3.18)
Ce chapitre d’Esaïe ne parle pas d’autre chose. Il en donne justement le chemin de façon plus détaillée, nous révélant quelques unes des étapes de transformation qui nous attendent, ainsi que leurs effets et leurs résultats.
Le contexte de Sion
Je fais une parenthèse contextuelle, qui me paraît importante. Esaïe 61 est une déclaration des attributs du Messie aux habitants de Sion, à ceux qui demeurent dans la ville du grand Roi, Yeroushalayim. Le contexte dans lequel il apparait, au milieu de deux chapitres s’adressant à Jérusalem, le montre.
Sion et Jérusalem renvoient toutes deux à deux réalités : une terrestre et une céleste. La première étant le reflet de la seconde. Demeurer en Sion prend donc un relief plus large que le seul fait d’habiter la ville de Jérusalem en Israël. Il s’agit d’habiter dans les demeures du Très-Haut.
Parlant de la montagne de l’Eternel, donc de Jerusalem ou Sion, le prophète dit : « Des peuples s'y rendront en foule, et diront : Venez, et montons à la montagne de l'Eternel, à la maison du Dieu de Jacob, afin qu'il nous enseigne ses voies, et que nous marchions dans ses sentiers. Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem la parole de l’Eternel. » (Es. 2.3)
Grâce à la fin du verset, nous saisissons qu’il s’agit de lieux de gouvernement, « de Sion sortira la loi », ainsi que de lieux de révélation, « et de Jérusalem la parole de l’Eternel ». Seigneur, aide-nous à saisir la multidimensionnalité de Yeroushalayim.
La réalité terrestre de Sion pointe vers la céleste. Et la céleste n’occulte pas la terrestre. Les deux réalités coexistent et s’appellent l’une l’autre. Il nous faut donc entrer et nous investir, en même temps, dans les deux réalités, et ne pas délaisser l’une pour l’autre. Je ferme ici ma parenthèse.
L’oeuvre du Messie
Le chapitre 61 d’Esaïe commence donc par l’oeuvre d’évangélisation, de restauration et de délivrance du Messie, par l’onction de l’Esprit de Dieu (Es. 61.1). On y décrit aussi aussi son autorité prophétique et royale ( v.2).
L’un des buts de de cette ouvre messianique est de rétablir les gens de Sion qui sont dans le deuil. C’est à dire de restaurer ceux qui ont un appel à Sion et qui ont subi de grosses pertes. On ne peut être dans le deuil sans avoir subi de perte. Le mot traduit par « affligés » est le même que celui qui décrit l’état de Jacob quand ses fils lui ont menti et qu’il a cru à la mort de Joseph (Gn. 37. 35). Il s’agit donc bien de personnes se trouvant dans un tristesse découlant d’une perte conséquente.
Voici une traduction plus littérale du début du verset 3 : « …pour rétablir les gens de Sion qui sont dans le deuil, pour mettre sur leur tête une parure splendide au lieu de la cendre,… ». Ces gens de Sion en deuil, le Seigneur veut les rétablir, certes, mais Il veut surtout les établir.
Le verbe traduit par « rétablir » ci dessus est « léssoum », c’est celui qui est utilisé en Genèse (2. 8) pour décrire le fait que le Seigneur ait placé ou établi Adam en Eden.
Ce deuil dont nous parlons pourrait donc être celui que portent les gens de Sion à cause du fait de ne pas trouver leur place et de ne pas être établis.
Nous émanons tous de Sion (Ps. 87. 5) et le rôle du Mashiach est aussi de nous ré-établir en Sion, dans ce lieu d’autorité, de révélation et de gouvernement , là où est notre place en tant que membres de l’Ecclésia du Seigneur.
Beaucoup d’entre nous sont en deuil parce que nous ne sommes pas (encore) positionnés et établis en Sion. Notre esprit languit après son lieu de naissance et soupire après le fait d’y être ré-établi. Mais, bonne nouvelle, Yeshoua va nous y rétablir… si nous le laissons faire.
Tout le chapitre 61 d’Esaïe met en exergue la triple onction que reçoit le Messie : l’onction sacerdotale, l’onction prophétique et l’onction royale. Ces trois fonctions étaient d’ailleurs celles qui étaient installées par onction d’huile dans l’Israël ancien.
Nous allons voir comment cette triple onction de Jésus coule sur nous et nous transforme pour nous rendre capables, dans la mouvance de son Esprit, d’oeuvrer pour le Royaume.
Les trois échanges
Je voudrais donc maintenant me focaliser sur le verset 3, dans une traduction plus littérale :
«… pour établir les gens de Sion qui sont dans le deuil, mettre sur leur tête une parure splendide au lieu de la cendre, une huile de joie au lieu du deuil, un vêtement de louange au lieu d’un esprit qui vacille, afin qu’on les appelle térébinthes de la justice, plantation du Seigneur pour montrer sa splendeur. » (Es. 61.2b-3)
L’oeuvre de consolation, de libération et de restauration du Messie comprend au moins trois échanges. Nous allons tenter de les décrire, mais citons-les d’abord : une parure splendide au lieu de la cendre, une huile de joie au lieu du deuil, un vêtement de louange au lieu d’un esprit qui vacille.
Cet échange nous le vivons à un endroit : à l’autel de la Croix. C’est là que Christ prend sur lui nos douleurs, nos peines et nos fardeaux. Et c’est là, en échange, qu’Il nous donne la vie en surabondance. Parce que c’est là que nous pouvons recevoir le sang de l’Agneau ; et que la vie est dans le sang (Lv. 17. 11).
« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. » (Mt. 11. 28-30)
Je me souviens, voilà des années, nous étions à un séminaire de formation à la relation d’aide. Ce soir-là, il nous était proposé de vivre un échange à la Croix. Les responsables avaient prévu quelque chose d’assez solennel et sobre.
Il y avait une grande croix en bois clair dressée au milieu de la pièce et nous étions invités à nous y présenter pour, chacun, y clouer un papier sur lequel nous avions écrit certains de nos péchés, de nos fardeaux et de nos peines.
Tout avait commencé comme prévu, calmement et dans le recueillement. Sauf que, à un moment donné, un esprit de joie ingérable est tombé sur l’assemblée. Les gens ont commencé à se rouler par terre en riant, dans une joyeuse pagaille.
Caro et moi étions de service louange et nous avons également été saisis dans ce saint brouhaha. Le lendemain, au débriefing, une partie de l’équipe de responsables nous a reproché de ne pas avoir respecté la sainteté du moment, persuadés qu’ils étaient, que c’était nous qui avions fait « dévier » le moment solennel par une louange non appropriée. Mais nous n’y étions pour rien.
A l’époque, je n’ai pas bien compris ce qui s’était passé, mais aujourd’hui, je peux l’expliquer. L’échange d’Esaïe 61 s’est simplement manifesté. Le Seigneur a pris notre deuil et nous a donnés sa joie. Revenons-en au trois échanges dont nous parlions.
Le premier échange peut se traduire par : « un diadème au lieu de la cendre » ou « mettre sur leur tête un parure splendide au lieu de la cendre » ou « la splendeur au lieu de la cendre ».
La cendre, dans le texte hébreu, est « pèèr » et s’écrit avec les trois lettres : peh - aleph - resh, alors que le diadème ou la splendeur est « ophér » et s’écrit : aleph - peh -resh. On voit donc que les deux mots sont composés des trois mêmes lettres, mais disposées dans un ordre différent. Ce qui nous montre que, pour passer des cendres à la splendeur, le Seigneur vient réorganiser ce qui est nous. À partir du matériau de base que nous sommes, et que nous avons amené à la cendre, Il recrée de la splendeur.
Dans ce premier échange, il s’agit donc d’une oeuvre du Messie qui vient réaligner ce qui est constitutif en nous, pour que nous puissions refléter la splendeur et la gloire de notre Dieu.
Concernant l’huile de joie reçue au lieu du deuil, cet échange nous parle d’une onction qui nous est donnée pour agir de façon différente. L’onction est une huile de l’Esprit dont le Seigneur nous revêt pour nous rendre capable d’accomplir quelque chose ou pour pouvoir adopter un comportement approprié.
Dans la culture hébraïque, le deuil, « ével », était caractérisé par des comportements très codifiés que devaient adopter les personnes en deuil. Il s’agit donc d’attitudes extérieures qui reflétaient un état intérieur de tristesse, dû à la perte de quelqu’un ou de quelque chose.
De la même façon, la joie, que traduit le mot « sasson » dans ce texte, parle d’une expression extérieure d’une profonde joie intérieure. Le « shemen sasson », l’huile de joie que l’on reçoit, est une onction de joie qui nous permet de changer de comportement, pour passer d’un comportement de peine et de deuil à un comportement d’exultation, émanant de la joie du Seigneur qui est notre force.
Dans ce second échange, l’oeuvre du Messie vient transformer notre comportement en nous faisant passer du deuil à l’exultation.
Enfin, le troisième échange concerne le fait que Yeshoua vient nous couvrir d’un vêtement de louange à la place d’un esprit qui vacille. Il s’agit de nous laisser revêtir ou recouvrir par la louange et l’adoration. Il s’agit de recevoir un esprit d’adoration au lieu d’un esprit affaibli.
Yeshoua lui-même porte un vêtement de louange lorsqu’il part au combat en tant que chef des armées célestes. L’apocalypse nous dit que : « Il avait sur son vêtement et sur sa cuisse un nom écrit : Roi des rois et Seigneur des seigneurs. » (Ap. 19. 16)
En effet, la louange est le fruit de lèvres qui confessent son Nom (Hb. 13. 15). Un vêtement de louange est donc, dans une certaine acception, un vêtement qui confesse qui est le Seigneur. Ce vêtement nous est donné par le Messie. C’est Lui qui vient nous révéler qui est Dieu par ses paroles et par ses actes. Et quand Yeshoua porte un vêtement où il est écrit: « Roi des rois et Seigneur des seigneurs », ce vêtement proclame qui il est et qui Dieu est.
Il en va de même pour le vêtement dont il nous couvre lors de cet échange. C’est un vêtement de révélation et de confession de qui est Dieu. Et cette révélation et cette confession viennent renverser l’esprit faible dans lequel nous étions pour nous faire entrer dans l’esprit d’adoration qui nous relève et nous permet de nous réaligner sur qui est Dieu, ami de tenir ferme.
Dans ce troisième échange, Christ vient transformer notre esprit pour le rendre vaillant par la louange.
Ce triple échange vient nous transformer et nous rendre capable d’entrer dans la sacrificature à laquelle nous sommes appelés dans la suite du chapitre : « …on vous appellera sacrificateurs de l'Eternel, On vous nommera serviteurs de notre Dieu. » (Es. 61. 6)
Il y a d’ailleurs un parallèle à voir entre le vêtement du grand-prêtre et ce que Christ nous donne dans ce triple échange : un diadème, une onction d’huile et un vêtement (voir Ex. 28 et 29).
Térébinthes et plantations
Aux personnes qui ont vécu ce triple échange, des noms nouveaux sont donnés : « térébinthes de la justice » et « plantation de l’Eternel ». Ils deviennent alors littéralement de grands arbres forts et puissants dont les racines plongent profondément et les ramures touchent le ciel. Ils deviennent donc des hommes et des femmes qui sont comme des arbres bien établis, qui résistent et offrent une protection sécurisante.
Quand une personne au coeur brisé se laisse planter et enfouir dans la sol par le Seigneur ; quand ce grain de blé meurt à lui même en se laissant planter dans la terre par son Dieu, alors une oeuvre extraordinaire se produit. La plantation du Seigneur, que cette personne s’est laissée devenir, commence à porter du fruit, du fruit qui demeure. Elle devient alors cette plantation de l’Eternel destinée à manifester sa splendeur et à le glorifier.
Quant à ces térébinthes de la justice, voici encore une chose étonnante les concernant. Le mot qui, de façon correcte, est traduit par térébinthes (ou chênes ou arbres), peut également de traduire par bélier. En effet, il y a quelque chose dans les cornes de bélier qui parle de force et de puissance, comme pour ces arbres forts, bien établis et puissants dont nous avons parlé.
Mais ce qui est frappant, c’est que le bélier est, dans la Bible, d’abord un sacrifice offert au Seigneur. Ces térébinthes sont, en même temps ces arbres bien établis et ces béliers qui s’offrent sur l’autel comme un sacrifice vivant (Rm. 12. 1).
Ces térébinthes sont appelés térébinthes de la justice « ayili ha tzédek ». Ils deviennent donc capables d’entrer dans les oeuvres de justice du Roi de Justice, Melkisedek. Et, pour ce faire, ces térébinthes de la justice doivent être établis en Sion, la vile de Melkisedek.
Des ruines restaurées
Le dernier point que je voudrais relever dans ce chapitre tellement riche est que le chemin d’Esaïe 61 va nous emmener, si nous le suivons, à « rebâtir les ruines d’autrefois, relever les lieux dévastés du passé ; restaurer des villes désertes, dévastées de génération en génération » (v. 4).
Nos vies, nos familles, nos églises, nos régions, nos nations comportent toutes des champs de ruines. Et, en tant que sacrificateurs selon l’ordre de Melkisedek, à qui l’onction royale et sacerdotale ont été conférés par Yeshoua, il est de notre devoir de restaurer ces ruines.
Le texte hébreu évoque des lieux qui ont été ravagés et désertés et que nous avons la mission de rétablir. Le sens littéral parle de choses anciennes, à entendre aussi comme éternelles (olam), qui ont été ruinées et que nous devons rebâtir. Il y a des réalités éternelles que nous avons à redécouvrir et à rebâtir avec le Seigneur. Il y a des chantiers de restauration spirituels et physiques que nous devons entreprendre. Il y a des routes anciennes que nous devons frayer et relever. En écrivant cela, je ressens une certaine urgence.
Par ailleurs, en hébreu, le verset parle aussi de choses premières qui ont été dévastées et qu’ils nous faut redresser et relever. Il peut s’agir d’appels ou de mandats de régions, de nations, de familles, d’églises…
Notre ennemi connait les appels et les destinées de toutes ces choses, ceux que le Seigneur avait premièrement décrétés, et il manoeuvre à nous en dévoyer. Nous perdons alors de vue l’appel premier ou la destinée première, au point parfois de les oublier complètement. Le Seigneur doit alors venir nous révéler à nouveau tout cela, parce qu’ils peuvent avoir été perdus il y a des dizaines, si pas des centaines de générations.
« En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Lc. 19. 10) Yeshoua nous attend pour travailler avec lui dans cette oeuvre messianique de salut et de restauration, tant au niveau des âmes qu’aux autres niveaux de dévastations dont nous venons de parler.
Nous laisserons nous transformer et guider sur ce chemin d’Esaïe 61 dans ces différents aspects?



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